Transizione 1989

nouvelles de filiation, apparait comme un éteignoir du lyrisme de la novation, et, s ’ il apporte un antidote sauvage aux slogans libé- rateurs du type «un enfant si je veux, quand je veux, comme je veux» risque d ’ étre assimilé à un frileux conservatisele. Le métier d ’ ethnologue, la spécificité de son expérience des autres sociétés, ne lui donne en tout cas aucun titre particulier à tenir un discours ethique. Le relativisme culturel, mème s ’ il ne méne pas au nivelle- ment de toute valeur esthétique et morale que nous annoncent certaines propagandes, ne fonde aucunne morale parce qu ’ il n ’ est qu ’ une attitude passagère, et sans doute historiquement datée. C ’ est donc dans la stricte mesure où le savoir sur la parente et les filia- tions comporte des implications générales, quant aux contraintes organisationnelles et aux mécanismes symboliques, que les ethno- logues peuvent contribuer au débat. Tout comme un recours à l ’ histoire des institutions et des pra- tiques sociales permet d ’ éclairer nos adhésions aux normes et nos inclinations psychologiques, on peut espérer que l ’ examen com- paratif des filiations comblera une partie du vide actuellement res- senti entre le champ des technologies de la procréation et les nor mes codifiées du droit, auxquelles nous croyons qu ’ elle échappent. Faut-il rappeler, en premier lieu, des évidences qui, quoiqu ’ il en soit des disputes et différends théoriques entre ethnologues, sont un acquis de la discipline? Je reprendrai ce que Frangoise Héritier - Auge appelle des constantes (La Cuisse de Jupiter, «L ’ Homme», n. 94 1985, p. 5-22). 1. Le social n ’ est pas du «coté de l ’ artifice et le biologique (ou le génétique) (...) du còte de la nature» (op. cit. p. 6). 2. «La filiation est donc sociale, en ce sens qu ’ il s ’ agit toujours de l ’ appropriatioiì par un groupe d ’ une seule des formules possibles à partir de la reproduction bisexuée; et la marge de liberté est réduite» (op. cit. p. 8). 3. «Toutes (les sociétés humaines) consacrent la primauté du social de la convention juridique qui fonde le social- sur le biolo gique pur. La filiation n ’ est donc jamais un simple dérivé de l ’ en- gendrement» (ibid. p. 9). La première constante, pour choquante qu ’ elle paraisse à nos oreilles, implique que la notion de nature est culturellement et historiquement variable, et que nous ne pouvons y faire entrer de force l ’ institution de la reproduction. En droit romain, on opposait 124

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