Transizione 1989
loi sur la «vérité biologique» — notion transitoire comme toute vérité scientifique — le législateur a abouti à une serie de résul- tats certainement contraires à son intention première, qui ouvre la voie non seulement à des désaveux de paternité, mais aussi à de véritables drames de filiation (voir J.F. Vouin: L ’ affaiblissement de la présomption de paternité et l ’ insémination artificielle, colloque «Fonctions du Pére», MIRE/CNRS, à paraitre). Il est clair que, en voulant établir la vraie filiation — ou en tendant vers cet idéal — la loi de 1972 a ouvert une boi te de Pandore: la vraie filiation biologique de 1972 n ’ est plus vraie aujourd ’ hui, en particulier du coté maternel. Peut-on dire que l ’ ovule, le matériel génétique de la mère, est plus «vrai» que l ’ utérus de celle qui le porte et le méne au terme de l ’ accouchement? La biologie a fonctionné com me réprésentation, elle a pris le relais de l ’ idéologie des liens de sang, et elle tend à imposer, dans le droit mais surtout hors du droit, une certain idée de la nature. Il apparait que, à la suite des différentes expériences génétiques en laboratoire, ou sur le marché, comme le montre l ’ affaire des banques de sperme de prix Nobel en Californie, nous somrnes menacés par le génétisme, une variante moderne de l ’ eugénisme, mélange complexe de scientisme, de fan- tasme de puissance (le «génie» comme oeuvre du génie génétique) et de naìveté. S ’ il y a bien un code que je ne recommande pas dans les gouvernements de nos vies, disait je crois Czyba à Lyon, c ’ est le code génétique. Rappelons, à titre d ’ anecdote, qu ’ un médecin frangais, président de la société d ’ andrologie, déclarait à la radio le 5 mai 1987 que les enfants issus de FIVETE semblaient mani feste! non seulement une étonnante normalité, mais probablement un taux de «surdoués» supérieur à ceux congus par les voies... de la nature. Sans critiquer l ’ extréme fragili té d ’ une telle conclu- sion, on doit souligner qu ’ elle implique la possibili té d ’ une sélection, d ’ un avantage reproductif lié au choix d ’ un mode de reproduction sur un autre, et donc d ’ un meilleur rapport qualité/prix... Parallèlement à l ’ ascension des techniques de laboratoire aidant à la fécondation, on constate dans nos sociétés une nette recrude- scence de l ’ adoption. Elle est tantòt une réponse à la méme deman- de d ’ enfants de la part de couples inféconds qui soutient, au moins dans les justifications annoncées, les efforts de recherche de la procréatique, tantòt une tentative pour sauver des vies, celles d ’ enfants d ’ ici et d ’ ailleurs dont la vie est condamnée à brève échéan- ce (Tiers Monde) ou menacée par la misère, la détresse et les aléas 128
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