Transizione 1989

de l ’ Assistance publique. Dans l ’ utopie de 1792, la Convention souhaitait la rendre obligatoire pour tous les couples sans enfants, après des siècles d ’ inexistence legale — mais probablement pas de fait. Dans les sociétés traditionnelles, l ’ adoption est un mode alterne de filiation, c ’ est-à-dire qu ’ elle complète la filiation du pre mier type, celle qui construit ses règles à partir des faits de l ’ engen- drement. Une publication recente montre la variété de ses formes dans les sociétés humaines — entre placement, accueil, recueil, fosterage et déplacement des enfants — ainsi que la richesse de ses valences. Tantót elle doublé la filiation («une naissance civile» disait Proudhon), tantót elle enclenche ou prolonge la circulation des femmes réglée par le systèrne des mariages, tantót elle égalise les chances des unités familiales dans la société (Cf introduction: Placés, adoptés, déplacés de B. Saladin d ’ Anglure du n. 2, voi 12 de «Anthropologie et Sociétés», 1988). Le cas des Txicào, essar- teurs caribes du Brésil centrai, pratiquant la guerre de raids jusqu ’ en 1960, illustre un aspect peu connu de l ’ adoption: outre l ’ adoption simple entre familles, qui ne pose pas de problème et résoud certains déséquilibres numériques entre unités domestiques, ceux- ci adoptent leurs prises de guerre, des enfants de l ’ un et de l ’ autre sexe. Ces captifs sont donnés en adoption par leurs ravisseurs à des proches, parents ou alliés. Ils sont par définition d ’ origine étrangère, puisqu ’ on les arrache aux ennemis. Leur incorporation s ’ effectue en deux temps: d ’ abord symboliquement assimilés à des animaux familiers, ils entrent dans des unions (et non des maria ges) avec des Txicào, et leurs enfants acquièrent immédiatement le statut «plein» des enfants du sang. Deux caractéristiques remar- quables: ils sont valorisés d ’ un point de vue sexuel et génésique, constituent des partenaires privilégiés dans les unions, passagères et durables, ils sont des donneurs de noms dans le processus com- plexe de nomination pour tous les Txicào, pour autant qu ’ ils puissent produire des noms étrangers (au besoin en les inventant...). Or la nomination est un moment essentiel de la transformation d ’ un individu en personne, elle établit par des moyens complexes l ’ appartenance à la parentèle, le rapport à la mémoire collective et la place dans le réseau des relations sociales. On a donc dans l ’ adoption de captifs une pièce essentielle du dispositif de la filia tion, puisqu ’ il est créateur d ’ identités nouvelles, procréateur pri- vilégié et porteur de valeurs; sans entrer dans une comparaison avec les nombreuses sociétés amazoniennes qui ont recours à l ’ autre 129

Made with FlippingBook Online newsletter creator