Transizione 1989

pour constituer leur identité collective, sous forme réelle (canni- balisme) spirituelle, ou symbolique, il est olair que la filiation adoptive est ici symboliquement productrice de filiation «natu- relle». C ’ est l ’ autre qui conditionne, en quelque sorte, la pro duction du semblable! (voir P. Menget, Note sur l ’ adoption chez les Txicao du Brésil centrai, in «Anthropologie et sociétés», 1988 voi. 12 n. 2, 63-72). La place de l ’ adoption dans nos sociétés reste tiraillée entre une dévalorisation idéologique («elle singe la nature» aurait dit Bona- parte lors des travaux préparatoires du Code Ci vii), visible en creux dans les discours des mères adoptives d ’ enfants du Tiers Monde, qui décrivaient, de manière très stéréotypée, leur émotion à recevoir un enfant comme une imitation de l ’ accouchement (émis- sion récente, à la télévision frammise), un encouragement officiel, comme en témoignent les assouplissements récents de la loi (sans aucun doute pour combattre les inégalités sociales, au nom de la justice distributive) et le prodigieux appel du marché. L ’ adoption étrangère est en effet chère, et parfois l ’ objet d ’ un commerce lu- cratif pour les intermédiaires. Elle reste, en France au moins, strictement contròlée par l ’ administration, de telle manière que les dérives commerciales restent discrètes. L ’ essentiel, toutefois n ’ est peut-étre pas là: comme la procréation assistée, l ’ adoption tend, au delà de la variété des discours, à créer les conditions d ’ un marché, où le désir d ’ enfant — à tout prix — serait la demande et la technologie biologique, demain biogénétique et les «surplus» de progéniture du Tiers Monde seraient l ’ offre. Testard, l ’ un des inventeurs du bébé éprouvette en France, ne proposait-il pas l ’ adoption comme solution pratico-juridique aux embryons con- gelés «surnuméraires»? («Abandon et adoption», Autrement n. 96, février 1988, 186-187). Cette assimilation de l ’ oeuf à l ’ enfant adoptable, sans doute im- possible selon la loi d ’ aujourd ’ hui, témoigne en tout cas de la libération progressive du «matériel humain» des chaines tradi- tionnelles de la filiation — au sens le plus technique de conca- ténation de liens sociaux — et de la possibilité de son entrée sur le marché. Meme si la tradition et les concepts juridiques s ’ y oppo- sent en France, on peut constater cette évolution aux Etats-Unis, en Australie et en Afrique du sud. On peut craindre de cette 130

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