Transizione 1989

tués) n ’ efface pas de facto les souvenirs des expériences antérieures pénibles. D ’ autant que la sterilite témoigne déja souvent d ’ une souffrance prééxistante du couple. Non seulement le couple souff re de ne pas avoir d ’ enfants, mais «l ’ enfant qui ne vient pas», «l ’ en- fant qui reste accroché dans les branches de son arbre genéalogi- que» (en paraphrasant René Char), cet enfant témoigne déja de la souff rance de ce couple. Le deuil de la fertilité , répétons-le, ne se fait pas automatiquement quand le symptóme médical est levé. Le psychanalyste René Diatkine 6 remarquait très justement qu ’ il faut se méfier des expériences qui nécessitent une trop grande dépense d ’ énergie: trop d ’ héroisme, disait-il, nuit à la constante nécessité, pour le pére comme pour la mère, de ne pas se cantonner dans le souvenir des «jours de gioire». Gagner une bataille - ou une guerre est, on le sait, aussi couteux pour les deux camps. De mème que la question des enfants nés de parents additionnels a une clinique de référence: celle des enfants à «secrets de famille», de méme la question des enfants nés après un long temps de stéri- lité a-t-elle aussi une clinique de référence privilégiée, celle de la prématurité. Comme dans la FIVETE, en effet, les parents d ’ enfants prématurés ont souffert de ne pas pouvoir mener à bien, seuls, sans une intervention médicale lourde, une gestation, une naissan- ce. Comme dans la FIVETE, aussi, la sur-présence médicale a une import ance considérable, au point qu ’ une relation de dépendance entre les familles et l ’ équipe médicale persiste parfois des années après la naissance de l ’ enfant. Pour la FIVETE comme pour la prématurité, il serait donc intéressant de comprendre les réactions des parents d ’ enfants procréés médicalement comme relevant de ce que certains psychanalystes 7 ont appelé la «maternité bianche»', il s ’ agit d ’ une négation apparente de tout ce qui s ’ est passé, la mère donnant l ’ image d ’ une normalité rassurante, à ceci près, et là est le problème, que ses soins maternels semblent marqués par une absence d ’ affects, signe d ’ une pseudo-normalité, d ’ une «fuite vers la santé». Le risque encouru est que ces mères deviennent des «mè- res opératoires», mères qui se réfugient dans une relation fantasma- tique avec leur enfant imaginaire, celui qu ’ elles ri ont pas eu, et non avec celui qui est dans le berceau, qu ’ elle traitent de fagon froide et déshumanisée; bébé réel, nouveau-né fonctionnel seulement dont elles satisfont les besoins biologiques, lui apportant tout au plus des soins rationnels. Avec une collègue, Suzanne Lallemand, nous avons étudié l ’ usage parfois pervers qui peut-étre fait de la 140

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