Transizione 1989
puériculture, mise au service de cette «maternité bianche» 8 . Une naissance à six mois de gestation et une conception in vitro sont, à bien des égards, équivalentes d ’ un point de vue psychopatholo- gique, parce qu ’ elles consistent, dans les deux cas, en une inter- ruption prématurée, un empèchement du processus psycho-dyna- mique du «devenir parent». Or, pour ces enfants, on peut craindre ce qu ’ on appelle le «syndróme de l ’ enfant vulnérable», ensemble de symptómes qui relèvent soit du passage à l ’ acte, soit du registre psychosomatique; ce sont, soit des enfants risque-tout, ce qui ren- force l ’ hyperprotection des parents, soit des enfants hypochon- driaques, à l ’ origine de multiples consultations médicales, des en fants qui ne grandissent pas, à la manière d ’ Oscar dans Le Tambour de Gunther Grass. En conclusion du lien prématurité-stérilité, rappelons que nombre de prématurés sont des enfants de couples stériles, nés en outre après de longues années de traitements, et notamment après des FIV (voir sur ce sujet les études australien- nes et d ’ autres). Concluons en citant les réflexions, pleines d ’ enseignements, de deux auteurs, fort différents l ’ un de l ’ autre. L ’ un est Thomas Ferenczi 9 , psychanalyste contemporain de Freud, qui a beaucoup étudié les enfants qui avaient eu une périnatalité troublée et arri- vaient, adultes, en analyse. Dans «L ’ enfant mal accueilli et sa pulsion de mort» (1929), — à propos de l ’ expression «mal ac cueilli» les traducteurs indiquent qu ’ il s ’ agit d ’ enfants qui ne sont pas les bienvenus, qui arrivent mal, par exemple le dixième enfant d ’ une mère surchargée de travail, l ’ enfant d ’ un pére atteint d ’ une maladie mortelle et qui meurt après sa naissance — , Ferenczi écrit: «L ’ enfant doit étre amene par une prodigieuse dépense d ’ amour, de tendresse et de soins, à pardonner aux parents de l ’ avoir mis au monde sans lui demander son intention, sinon les pulsions de destruction se meuvent aussitót». N ’ y a-t-il pas beaucoup à com- prendre dans cette phrase pour notre responsabilité vis à vis des «enfants-prothèse», con^us souvent pour le bien des parents et dont ces derniers auront peut-étre beaucoup à se faire pardonner... L ’ autre texte est de Lady Warnock 10 , philosophe britannique, qui est, on le sait, à l ’ origine d ’ une des premières réflexions pluri- disciplinaires sur les procréations artificielles. Elle a écrit dans Thè Good of thè Child (1987): «Je ne pense pas que la famille doive toujours avoir une seule et unique forme, ni qu ’ il y ait 141
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