Transizione 1989

éthique propre en rupture avec l ’ ordre moral dominanti. Mais l ’ éthique est aussi à découvrir là où elle est parfois invisible, dans ces actes quotidiens, apparemment sans importance particulière, qui toutefois mettent en scène et reconfirment (ou contestent) pour chaque individu son adhésion aux normes et aux valeurs de base dune socie té. Le travail, dont je vous présente aujourd ’ hui une vue partielle 2 , a été con^u dans cette dernière perspective: j ’ ai essayé d ’ approcher les problèmes que posent les dons biologiques, non pas en tant que question publique suscitant un effort de gestion sociale, ou en tant que pratique médicale innovatrice, mais en tant qu ’ événe- ment (réel ou hypothétique) dans des vies individuelles. Mon objectif était de mettre à jour les choix qui s ’ imposent aux person- nes dans des situations sociales déterminées, face à la possibilité de ces nouvelles conduites de don. Dans la fagon dont chacun pen- se cette situation, la place qu ’ il (ou elle) s ’ y attribue et les actions qu ’ en conséquence il (ou elle) pense pouvoir ou ne pas pouvoir se permettre, sont révélés, à la fois, les préoccupations et les orien- tations éthiques de l ’ acteur et le contexte social de sa décision. L ’ interrogation éthique apparait dans le questionnement, par l ’ ac teur en situation, de la validité des normes sociales reconnues (la fa$on dont on peut disposer de son corps, de ses organes; la viabi- lité et la légitimité de certains róles et de certaines relations so ciales) et de la possibilité de leur dépassement; le sentiment d ’ un interdit moral se manifeste au contraire comme une emprise (d ’ un autre, d ’ un groupe, d ’ une institution ou de la société) sur les actions — et parfois sur le corps mème — de l ’ acteur. S ’ interroger sur le don et sur les motivations à ce type de conduite nous amène souvent à penser à l ’ altruisme et à tenter d ’ expliquer les conduites de don par ce souci désintéressé des besoins d ’ autrui. Quelles seraient les particularités de la person- nalité altruiste? Qu ’ est-ce qui distinguerait les donneurs des non- donneurs? Les donneurs eux-mémes tiennent parfois un discours sur l ’ altruisme, expliquant ainsi leur don par leur conscience aigue des besoins éventuels d ’ autres inconnus et de l ’ obligation sociale qu ’ ils ont à leur égard en tant que membres de la société. Les non-donneurs apparaissent en creux dans ce discours comme des personnes làches, indifférentes ou repliées sur elles-mémes, 162

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