Transizione 1989

incapables de se projeter au-delà de leurs besoins immédiats ou de ceux de leur entourage. L ’ explication par l ’ altruisme est-elle pourtant la meilleure fagon de comprendre ce qui motive certaines personnes à vouloir donner à d ’ autres, généralement inconnus, quelque chose de soi, sans recevoir en contrepartie une rétribution? Quelque chose de soi: cette dimension est particulièrement importante dans ce qui nous préoccupe aujourd ’ hui, à savoir, les dons biologiques, la cession de substances ou d ’ une partie vitale de son corps. Que regroupe-t-on sous le terme de dons biologiques? Sans chercher à faire une liste exhaustive, on peut indiquer, en premier lieu, les substances renouvelables du corps (telles que le sang, le sperme, le lait ou Turine) qui, en apparence, sont faciles à donner puisqu ’ elles impliquent un minimum de gène et de dé- rangement pour le donneur. Les dons de moèlle osseuse (organe renouvelable sans unité anatomique) et d ’ ovocytes (cellules non renouvelables) apparaissent comme des démarches moins éviden- tes, puisqu ’ ils font subir un certain risque opératoire à une per- sonne en bonne sante. Le don de rein, seul don d ’ un organe ayant une unite anatomique que l ’ on peut faire de son vivant, ajoute au risque opératoire ici plus important, le risque minime mais réel, d ’ un éventuel dysfonctionnement du rein restant (transfor- mant ainsi le donneur en receveur potentiel). Tous les autres organes (foie, coeur, poumon, yeux), parce qu ’ on n ’ en a qu ’ un (ou bien dans le cas des yeux, parce que la cécité nous semble ètre une mutilation inacceptable) ne peuvent étre légués que post-mortem. Comment se fait-il que l ’ on puisse percevoir une partie de son corps — ou méme son corps tout entier — comme chose pouvant ètte mise en circulation afin d ’ en faire bénéficier autri? L ’ explication altruiste nous semble étre ici insuffisante. Marcel Mauss, dans V Essai sur le don 3 , texte très riche sur les formes archaiques du contrat, nous propose une perspective dif ferente. Si cette perspective attribue au donneur une place moins centrale, apparemment moins valorisante, elle nous permet de mieux dégager le sens de ces conduites, en focalisant sur les rap- 163

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