Transizione 1989

ports sociaux qui les suscitent et que les dons visent à maintenir et à renforcer. Le texte de Mauss cherche à montrer, par l ’ analyse de cérémonies ostentatoires et dispendieuses ayant lieu entre divers sous-groupes des sociétés dites primitives (potlatch, ku-la), que des prestations volontaires, prenant presque toujours la forme d ’ un cadeau et apparaissant de ce fait comme libres et gratuites, s ’ insèrent en réalité dans une serie d ’ échanges à réciprocité différée (à chacun son tour) — une sorte d ’ economie morale regie par trois obliga- tions: celle de donner, celle de recevoir, et celle de rendre. Ces échanges se distinguent du simple commerce, d ’ une part, parce qu ’ ils sont liés aux principaux événements statutaires (naissance, mariage, funérailles, etc.) où l ’ honneur et le prestige du donateur et son clan sont en jeu; d ’ autre part, parce que la valeur des choses échangées, détruites ou consommées est personnelle et non pas économique, puisqu ’ elles sont considérées comme parcelle de la nature et de la substance du donateur. Regardons de plus près ces trois obligations: 1. L ’ obligation de donner provient de la nécessité pour le chef d ’ un clan d ’ asseoir son autorité en faisant connaitre, à des moments particuliers, son prestige, ses richesses. Ne pas donner dans ces situations, c ’ est perdre «face»... le droit d ’ incarner un esprit, un totem, c ’ est à dire, de représenter son village. 2. L ’ obligation de recevoir, c ’ est à la fois reconnaitre l ’ hon neur du donateur et accepter l ’ alliance avec lui et son clan que le don signifie. Mais c ’ est aussi se reconnaitre comme égal au donateur, car refuser un don revient à manifester la crainte de ne pas pouvoir le rendre (ne pas étre à la hauteur de faire autant) ou, au contraire, a s ’ afirmer supérieur, puisque n ’ ayant pas besoin de cette alliance avec autrui. 3. Cependant, l ’ obligation de recevoir entraine pour le dona tale une dette, avec risque d ’ emprise par le donateur sur la personne et sur le clan du donataire. Elle appelle donc nécessaire- ment une obligation de rendre (ou de détruire) des choses ayant au moins une valeur equivalente. Ce faisant, le donataire devient à son tour donateur et contribue à entretenir, par ces échanges, les liens établis entre les clans. 164

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