Transizione 1989
Quant aux choses échangées, elles sont le plus souvent: 1. des choses précieuses de la famille, des choses qui représen- tent le donateur et son clan, qui se transmettent solennellement; 2. des talismans ou des choses censés avoir une nature magique, désignées par certains ethnologues du début du siècle comme «life givers», c ’ est à dire, des «choses-donneuses de vie» 4 . Elles sont censées ne jamais étre complètement séparées des hommes qui les échangent — che qui pour Mauss exprime la manière dont les groupes dans les sociétés archaìques se sentent impliqués et en dette à 'l ’ égard d ’ autrui: «... il y a, avant tout, mélange de liens spirituels entre les choses qui sont à quelque degré de Fame et les individus et les groupes qui se traitent à quelque degré comme des choses» 5 . Ce qui lui permet d ’ identifier «la circulation des choses dans ces sociétés à la circulation des droits et des personnes» 6 . Pourrait-on appliquer cette analyse d ’ un circuit d ’ échanges dont la valeur, le sens et le but sont surtout d ’ ordre social et moral, aux pratiques dans nos sociétés contemporaines faisant appel aux dons biologiques, ou justement ce qui s ’ échange a ce statut de «choses- donneuses de vie»? Pourrait-elle nous permettre de saisir ce que Mauss désigne comme «l ’ instant fugitif où la société prend, où les hommes prennent conscience sentimentale d ’ eux-mémes et de leur situation vis-à-vis d ’ autrui» 7 ? Je voudrais montrer, en me référant à une enquète que j ’ ai menée auprès de donneurs de sang (1981-1982), que les motiva- tions à un don biologique — éventuellement à plusieurs — peu- vent étre mieux éclairées en cherchant à comprendre les situations sociales précises, les événements qui les ont suscitées. Car en dépit d ’ un discours qui met en relief la dimension oblative du don, l ’ investigation du récit des circonstances du premier don, ainsi que du sens attribué par le donneur à la chose donnée — sens qui peut ou ne peut pas s ’ étendre à d ’ autres substances ou parties du corps — nous permet de dégager deux autres dimensions: 1. celle du prestige personnel du donneur, par la confirmation de sa propre richesse en tant que propagateur des choses de vie; 2. celle de l ’ inscription du don comme acte de reconnaissance de liens sociaux importants pour le donneur. 165
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