Transizione 1989

fait de sa position dans un réseau de relations sociales et des tàches que cette position implique à l ’ égard d ’ autres personnes proches et connues. Mais le don réel est anonyme et béneficie à une personne inconnue: le donneur soutiendra donc son geste (et son éventuelle répétition) par un discours qui transforme la situation de départ en obligation sociale generale à l ’ égard d ’ autrui. Ce qui donne un tout autre sens à l ’ altruisme. Cette idée d ’ un devoir social défini par les relations que l ’ on entretient avec autrui apparaìt plus clairement dans les situations où le bon bénéficie directement à une personne connue. Tel est le cas du don de rein à un malade par une personne vivante appa- rentée. Dans une étude américaine de 205 familles ayant un de leurs membres en phase terminale d ’ une maladie rénale 9 , les 815 personnes s ’ étant portées volontaires pour donner un rein repré- sentaient: 86% de ceux qui étaient les parents du malade; 66% de ceux qui étaient les enjants (fils ou Alle) du malade; 47% de ceux qui étaient frères ou soeurs; et 50% de ceux qui avaient d ’ autres relations au malade. Contrairement à ce que l ’ on pourrait penser, la décision de se porter volontaire pour un don de rein était très souvent instantanée, entrainant peu de délibération ou de recherche d ’ information; elle semble avoir éte dictée plutòt par des normes morales actives dans ces relations (ici essentielle- ment familiales) que par une réflexion rationelle sur les avantages et les désavantages d ’ un tei acte. Quant au refus du don de rein, il traduisait souvent un conflit Tessenti par le donneur potentiel entre son sentiment de devoir à l ’ égard de sa famille de procréation (celui de rester en bonne san té pour pouvoir sub venir aux besoins de celle-ci) et celui à l ’ égard de sa famille d ’ origine (donner son rein compatible pour sauver la vie du membre de la famille ma lade). Ce refus reflétait également l ’ éventuelle absence d ’ un lien affectif proche ou l ’ existence de mauvaises relations du non-volon- taire avec le malade, lui permettant — au moins partiellement — de ne pas se sentir concernée. Ce sentiment de devoir donner, qui se fait ressentir dans cer- tains contextes, s ’ étendrait-il forcément à d ’ autres types de don? La question a pu étre posée par notre enquéte qui visait, entre autres choses. à savoir ce que des donneurs de sang pensaient du don de sperme. L ’ idée-méme de cette enquéte auprès des don- 168

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