Transizione 1989

au profit d ’ un intermédiaire médical qui, lui, deciderà de la fagon dont ce don sera utilisé. Or si le donneur régulier pergoit cet intermédiaire comme bienveillant au point où, dans ces repré- sentations du don l ’ intermédiaire médical est presque inexistant — une simple étape vers la destination ultime du don — , le non-donneur s ’ interroge beaucoup plus sur les activités de cet intermédiaire et sur la fiabilité de son jugement et de ses in- tentions. En effet, si les motivations aux dons peuvent se comprendre dans la logique d ’ un circuit d ’ échanges à réciprocité différée, les dons s ’ effectuent en réalité en faveur d ’ une institution qui, elle, fonctionne dans la logique d ’ un système de redistribution. Cette introduction d ’ une autre logique d ’ échange dans les rapports sociaux qui assurent la circulation des dons biologiques peut de venir source d ’ incompréhension et de malentendus. En premier lieu, il déséquilibre le rapport d ’ égalité qui caractérise les échan- ges à réciprocité différée, en introduisant, au niveau des instances intermédiaires, un pouvoir de décision sur les substances données qui peut amener les donneurs à se sentir dépossédés. De plus, il tend à transformer la signification de ces substances, en leur òtant leur dimension personnelle pour les redistribuer en tant que substance médicale anonyme, indifférenciée. Ces éléments peuvent avoir une influence sur l ’ attitude que l ’ intermédiaire médical aura à l ’ égard du donneur: il peut étre amené à concevoir celui-ci, non pas comme partenaire devant l ’ objectif commun de subvenir aux besoins d ’ autrui, mais plutòt comme origine de ces ressources qu ’ il a la tàche de gérer. Les institutions gestionnaires devront, si elles souhaitent poursuivre ces pratiques, mener une réflexion sur les obligations de recevoir et de rendre, c ’ est à dire, elles devront mieux comprendre leur position particulière de donataire face aux donneurs; car la re- connaissance sociale de l ’ acte du donneur de substances corpo- relles passe par ces institutions et pose des problèmes plus com- plexes que ne suggère la collation offerte au donneur de sang. En conclusion, nous avons pu voir que les motivations indi- viduelles aux dons biologiques se soutiennent d ’ une conviction claire, de la part du donneur potentiel, de sa propre richesse — qu ’ il a bien des choses à donner — et d ’ une situation précise 171

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