Transizione 1989
peu les systèmes technoscientifiques qui nous gouvernent, méme si elles touchent la raison ou le coeur des hommes ou des femmes qui les gèrent et leur permettent de fonctionner. Pourtant les dénonciations ne manquent pas. Citons deux au- teurs, dont les propos théoriques sont pleinement illustrés par certaines pratiques de procréation artificielle. Michel Villey dont il faut saluer la mémoire. «Rien n ’ est plus puéril qu ’ d ’ imaginer que l ’ essor des sciences s ’ accompagne des progrès de la philosophie. L ’ inverse est plus vraisemblable: qu ’ à l ’ éruption des techniques et des sciences mo- dernes a correspondu l ’ affaissement de la philosophie, la fièvre d ’ agir s ’ accompagnant d ’ un ralentissement de la pensée. La philo sophie est maintenant un champ laissé à l ’ abandon. Aussi nos sciences et nos techniques partent à la derive déchainées, sans que nous sachions plus contròler leurs principes et leur direction» (Michel Villey, Philosophie du Droit, Précis Dalloz, T.I., p. 39). Exemple: près de deux cents centres de Fécondation in vitro sollicitent leur agrément depuis qu ’ enfin le gouvernement frangais tente de mettre un peu d ’ ordre selon les critères d ’ ailleurs pure- ment techniques. L ’ éthique n ’ a aucune place explicite comme critère de sélection. Et des congélateurs d ’ embryons sont achetés dès avant qu ’ on puisse les utiliser et à leur tour commandent la congélation pour rentabiliser l ’ investissement. P. Vadeboncoeur, Trois essais sur V insignifiance, 1983, Philo- sophe québecois. «Ce que cette humanité moderne a vu, qu ’ on le sache bien, ce n ’ est pas la disparition d ’ une philosophie et son remplacement par une autre ni celui d ’ une école d ’ humanité par une autre école d ’ humanité ou d ’ un foyer de culture par un foyer différent: c ’ est un fait bien plus radicai: ce qui est entré dans les moeurs par les choses, dans les mentalités par les moeurs et en definitive dans les idées par les mentalités c ’ est l ’ idée qu ’ il n ’ est nul besoin d ’ aucune idée — l ’ homme serait-il un chien!». «Considérant l ’ antimétaphysique, l ’ antimorale et la puissance d ’ efficience de l ’ Amérique disons la technoscience, Vadeboncoeur affirme qu ’ elle a “ tué ” dans l ’ homme trop de choses pour que celui-ci puisse maintenant juger de ce qu ’ elle lui a fait. Cette civi- 204
Made with FlippingBook Online newsletter creator