Transizione 1989

le juge dit le fait sur lequel il aligne le rapport juridique de filiation. Ce faisant, la filiation s ’ inscrit, en cas de conflit, dans le chaos et le non sens. Nul ne sait plus en droit qui est le pére, qui est la mère, cela dépend des cas. La confusion ou la casuistique ouvre la porte à toutes les crises d ’ indifférenciation ou à la violence de désirs tout puissants dont on connaìt l ’ escalade et la permanente insatisfaction. Le rapport généalogique cesse d ’ étre construit par référence à des normes; plus rien d ’ extérieur aux sujets ne le fonde et cela peut mener à ce que Pierre Legendre appelle «la casse du sujet» 12 . Mais si les normes sociales et juridiques s ’ effondrent, les conflits et les désirs antagonistes, eux, demeurent. Et, comme il faut bien les trancher, il ne reste plus, à défaut de règles structurées, que le fait suscepti bie d ’ étre prouvé avec certitude; le jugement est entre les mains des experts en génétique. Le non sens subsiste néanmoins lorsque face à un pére introuva- ble, il faut en revenir à des fictions juridiques préalablement détruites: il en va ainsi lorsque sur la base de l ’ article 318 du Code civil 13 , les preuves biologiques nécessaires excluent, de la paternité, tant le premier mari que le second. Le premier reste juridiquement le pére en sachant que, judiciairement, il ne l ’ est pas. A supposer méme que la génétique suffise à faire le pére en droit, qui nous fera croire en l ’ humanité d ’ un droit biologique détaché de toutes les autres vérités humaines, qui pour n ’ étre pas démontrables par la science, n ’ en sont pas moins plus vraies qu ’ elle lorsqu ’ il s ’ agit d ’ en vivre? La deuxième legon concernant les procréations artificielles est que nous ne pouvons régler en avai les problèmes de filiation résultant de l ’ éclatement des vérités du lien, sans nous interroger et nous prononcer en amont sur la légitimité et la licéité de ces pratiques. Le tribunal de Créteil s ’ y est refusé 14 . Le Parlement se tait toujours, malgré maintes sollicitations d ’ intervention; les gouvernements réfléchissent mais ne décident pas ou pas encore, mais les tribunaux ont vigoureusement denié toute légalité au contrat de mère parteuse et aux associations qui en organisaient le marché. Alors s ’ il est vrai que tout le droit n ’ est pas dans la loi ou la jurisprudence et s ’ il est vrai que le droit est instance de juge ment, tentons, dans la mélée des controverses, une réflexion de 215

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