Transizione 1989

champ et équitablement à son partage, selon l ’ adage latin bien connu «Suum cuique tribuere» — à chacun son dù. Bref, une lignee cellulaire immortelle fut établie et dùment breve tèe le 20 mars 1984. Par un souci de gratitude bien com- préhensible, les médecins la baptisèrent du nom de leur généreux donateur. Car, s ’ il faut parler de générosité, avouons qu ’ elle était de taille. Le marche, en 1990, était en effet évalué à quelque trois billions de dollars. Cela explique que nos médecins consentirent à des instituts de génétique et au laboratoire Sandoz, un certain nombre de licences d ’ exploitation. Hélas, M. Moore eut vent de l ’ exploitation qu ’ on avait faite de son pauvre corps et, animé de la plus noire ingratitude, osa in- tenter un procès à ses merveilleux médecins. Si, spontanément, la morale était de son coté, le droit — le droit américain, s ’ entend — n ’ était, si Fon peut dire, ni d ’ un coté ni de l ’ autre: il n ’ était nulle part, pour la bonne raison que ce problème lui était parfaitement inconnu. Qu ’ est-ce à dire? Eh bien, tout simplement que le droit ignore le rapport que le sujet entretient avec son corps. Par exemple, une main détachée du corps, est-elle encore dans la mouvance du sujet? Ou bien a-t-elle subi, au contraire, une transformation, une «novation» cornine disent les juristes, de sorte qu ’ elle est devenue une chose? Mais, si tei est le cas, à quelles conditions peut-on dire alors que quelque chose qui a été humain ne l ’ est plus? Autrement dit, à quoi reconnaìt-on l ’ humain et qu ’ est-ce-que de l ’ inhumain ou du non-humain? Et encore cette dernière question: comment de l ’ humain peut-il donc se transformer en autre chose que lui-méme? A priori, les juristes ne sont pas des philosophes, ni des morali- stes: ils n ’ ont pas coutume de réfléchir sur Tètre de l ’ homme, sur la définition de l ’ humanité de l ’ homme. Ils ne connaìssent que des conflits concrets et ne sont pas près à débattre de problèmes ontologiques. On congoit, dès lors, quel fut leur extrème embarras pour juger, c ’ est-à-dire trancher la question. Ce sont, précisément, ces embarras dont je voudrais vous en- tretenir, car ils me semblent è tre aussi ceux des philosophes, des moralistes et mème, pourquoi pas, des savants. On va le voir: les juges américains, en réalité, ont fourni une

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