Transizione 1989

coiffeur ou d ’ une manucure, dans les vases d ’ aisance des hópitaux ou dans les divers réceptacles des salles d ’ opération» (p. 7). Tout cela est fort intéressant car le juge nous montre, par l ’ absurde, que la catégorie de propriété est fondamentalement inadéquate pour rendre compte de la nature d ’ un élément d ’ origine humaine. Abordons à présent la deuxième aporie. B. Deuxième aporie: les «tissus» humains constituent une matière première On peut ainsi la formuler: si une personne a un droit de pro priété sur les produits de son corps, on peut en déduire que ces produits constituent dès lors une sorte de «matière première». Dès lors, celui qui s ’ en emparerait et les modifierait par son travail aurait, à tout le moins, le droit de recueillir les fruits de son effort. Les défendeurs (les médecins) n ’ avaient pas manqué d ’ utiliser cet argument. «Les cellules en cause, disaient-ils, n ’ ont aucune valeur en soi jusqu ’ à ce qu ’ on en ait tiré une lignée cellulaire apte à produrne des substances utiles. Le demandeur tente d ’ obscurcir ce fait indubitable en créant l ’ illusion que ce sont ses cellules mémes qui ont des vertus curatives miraculeuses...» (p. 29). En deux mots, les médecins et les laboratoires soutenaient que c ’ était leur travail qui avait apporté de la valeur. Qu ’ a répondu la cour? Tout simplement — trop simplement — que le demandeur ne revendique pas le travail fourni par les biolo- gistes mais, seulement, ses propres cellules. Sans elles, ajoute-t-elle, sans ces «petites pièces indispensables» il n ’ y aurait pu y avoir une lignée cellulaire valant trois billions de dollars (p. 30). De plus, s ’ il se trouvait que le travail fourni était plus important que la «matière première», le préjudice qu ’ aurait subi M. Moore en serait diminué d ’ autant. Il appartiendra au juge du premier degré d ’ évaluer. Arrétons-nous un instant sur cet argument. Jusqu ’ alors, et méme s ’ agissant de la matière vivante, si je puis dire, nous avions une jurisprudence très ferme de la Cour Supreme des Etats Unis qui peut ainsi se résumer: lorsque des chercheurs «fabriquent» un micro-organisme, ils en sont les propriétaires. En effet, ils ont fait surgir quelque chose qui n ’ existait pas à l ’ état naturel du

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